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La mêlée de Sophocle: le bonheur est dans l'Ovalie.
dimanche 21.03.10 - 18h02
auteur : Sabine Aussenac - Auch
La mêlée de Sophocle:le bonheur est dans l’Ovalie.
Ah, je l’ai assez critiqué, mon Gers d’adoption, moi, la métisse rhénano tarnaise, cette ville d’Auch qui ne comptait même pas une librairie, son enclavement culturel, son chauvinisme aux parfums de terroir et de Gascogne mousquetaire…
Souvent, mon petit garçon-encore plus intello que sa maman-et moi-même, nous nous moquons de cet « Esprit rugby, esprit Gers », de ces bars où de solides gaillards discutent de pelouses et d’Ovalie, de cette France qui boude le ballon rond pour mieux supporter « notre » sport local.
Mais à quelques encablures du match décisif de nos « Bleus » contre l’Angleterre, me voilà soudain néo afficionada de cette équipe dont les médias s’accordent à dire qu’elle représentera une nouvelle identité nationale en notre France en quête de votes et de valeurs partagées…
Somme toute, pour moi, c’est un retour aux sources. Le berceau familial est à Castres, pays non seulement de Jaurès et de Goya, mais du célébrissime « CO ».
Après des pérégrinations internationales, il est bon de rentrer au port, même si le bateau a coulé plusieurs fois… Et le rugby, même si je me plais souvent à me la jouer intello et à me penser au Flore plutôt qu’au Daroles, ma cantine auscitaine préférée, somme toute, est bien le symbole de tout un terroir et, par là même, de toutes nos belles provinces, simples et solides, valeureuses et candides.
Ils sont beaux, nos joueurs, presqu’aussi métissés que la bonne vieille équipe black blanc beur de notre cocorico footballistique…Ils viennent des quatre coins de l’hexagone, des monts d’Auvergne à la Côte des Basques, de Lutèce à mare nostrum, et ils demeurent ancrés dans cette France d’en bas, dans ce terroir qui fleure bon les garrigues et les vignes, les houblons et les vents.
Oh, bien sûr, certains d’entre eux se sont laissés griser par les sirènes médiatiques, et se retrouvent déjà sur quelque magazine ou dans des lucarnes publicitaires. Et puis nous avons le calendrier de nos Dieux du Stade, où nos athlètes, huilés comme en Olympie, font défaillir les nymphettes et les grands-mères-sans parler de nos amis gays, qui veulent tous se faire muter à Brive !
Mais ils demeurent simples, plus à l’aise avec les Chevaliers du Fiel que chez Ruquier, préférant La Dépêche ou Ouest-France au Monde, et un petit Pastis au comptoir de leur contrée à tous les caviars médiatiques. Car l’esprit rugby, c’est avant tout un esprit de solidarité locale, autour d’un village, d’un département, d’une région, avant que d’être hissé au rang du national, puis de l’international. Là où le foot s’expose en écrans géants et en chiffres faramineux, le rugby se faufile de la pointe de son ballon ovale en autant de ricochets joyeux, ses cercles exponentiels comme autant de réponses locales et régionales au processus de décentralisation de notre France napoléonienne.
Bien sûr, le foot, c’est la France, c’est la France impériale, millénaire, légèrement arrogante, Fille de l’Eglise et capitale de la Mode, c’est la France qui gagne et qui parade, fière de ses Rolex et de ses écuries de courses, de ses Rafales et de ses fusées Ariane-mais aussi cette France qui oublie de plus en plus souvent ses « quartiers » et ses montagnes, ses enfants sans papiers et ses petits vieux aux retraites rabougries…
Car nous ne sommes pas tous les enfants de la pub, nous ne vivons pas tous dans le 16° ni ne festoyons au Palace à grand renfort de Taitinger...Le foot, et ses joueurs qui pèsent autant qu’un ticket gagnant de l’Euromillion, entourés de leurs bimbos repulpées, pèche en effet de plus en plus par ses dérives matérielles, et par la violence de ses supporters, perdus dans cette insupportable dichotomie entre leur malaise social et l’indécence de certains salaires de footballeurs…La liesse de 98, le bus des Bleus descendant les Champs au bras de toute une nation semblent avoir fait place à des soubresauts aux relents de chauvinisme, de gros sous et de hooligans vengeurs.
Il me semble voir autant de différences entre « l’esprit foot » et « l’esprit rugby »qu’entre la Garden Party Elyséenne et une fête de village. D’un côté, le faste, l’apparat, le luxe et ses inévitables frappes collatérales de jalousie, d’envies, de vengeances ; de l’autre, même s’il peut arriver que des excités du village voisin fassent une descente pour rouler un peu des mécaniques, demeureront avant tout la simplicité rustique de grandes tablées conviviales et les flonflons d’accordéon de nos enfances. Oui, là où les matchs de foot ressemblent de plus en plus à des stades de sinistre mémoire, les soirées rugby ont encore des allures de noce de province, de parties de campagne et de chansons de Trenet…
Et ce soir, lors de ce France-Angleterre au parfum de victoire, la douce France toute entière montera à Paris. Nous serons avec vous, Mathieu, Sébastien, Marc, Fulgence ou Jean-Baptiste, nous serons avec vous tous, venus de nos provinces, comme si nous montions au Salon de l’Agriculture ou à la Foire du Livre, comme si nous venions manifester pour l’école ou pour l’hôpital public, avec nos poussettes et nos bambins, nos mains calleuses et nos petits matins radieux, aux couleurs de Bourgogne et de vin, sans désir de castagne ni d’en venir aux mains.
Parce que l’esprit rugby, c’est celui de la terre et des sens, du plaisir, des enfances. Les joueurs n’ont pas encore la tête à l’envers, non, ils ont les pieds sur terre et la main sur le cœur, et leur Marseillaise ne sera pas huée par des hordes barbares, ni leur drapeau brûlé par des bandes de soudards, parce que c’est tout un pays qui va sourire et s’identifier à ces petits gars bien de chez nous, de la Pointe du Raz jusqu’au Canigou enneigé.
Et elle est là, l’identité nationale que nous croyions perdue, elle rayonne en apéritif festif à cette journée électorale tant attendue, regardez-là, elle sourit du fin fond de la Gascogne, grâce à ce drôle de sport où de grands costauds se touchent, s’empoignent et luttent tels les Dieux en Olympie, avant de se retrouver autour d’une bonne table, d’un foie gras et d’un Cahors à la robe sombre et fruitée.
Nul besoin de canettes ni de bimbos, la fête coulera de source, apaisée et gouleyante, festive et colorée. Et le jour où les Français comprendront et retrouveront cet esprit là, cet esprit rugby, fait de vraies valeurs, de solidarités réelles, de respect, de simplicité et de partage, ils retrouveront sans doute aussi le chemin des urnes et l’envie de se retrousser les manches, au lieu de casser du flic, des abri-bus et des vitrines, et au lieu de râler sans agir. Et ils vaincront, ensemble. C’est tout.
« Rien qui vaille la joie ! » Sophocle.
Sabine Aussenac.
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les réactions des internautes à cet article
22 mars 2010, 15:17 • lecteur31 • st sulpice sur lezeDécidement toujours aussi prolixe et imbue de sa personne cette enseignante!... Quant 'à faire l'analyse et l'apologie du rugby !... pardon mais je préfère faire confiance à des connaisseurs de ce sport , de son environement et lire le "midol" pour retrouver de vrais commentaires...Avec toutes mes excuses...



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